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La méthode de la dissertation


Sommaire


II / L’introduction

C'est presque la partie la plus importante du devoir. Il faut y porter une attention toute particulière : c'est ce que le correcteur lira en premier, mais c'est surtout là qu'il verra si vous avez ou non compris le sujet.
Le but général de l'introduction est de transformer le libellé du sujet (la suite de mots qui forment la question du sujet) en un problème… Mais pour identifier clairement et précisément ce problème, il faut commencer par analyser le sujet.

A / L'analyse du sujet

C'est un travail préalable à l'écriture de l'introduction, il se fait au brouillon et n'apparaîtra pas en lui-même dans la rédaction finale. Cependant cette analyse est indispensable : nul (pas même un prof) ne peut se permettre de se lancer au fil de la plume en ayant simplement lu le sujet !
On peut distinguer plusieurs étapes :
1 - Identifier les concepts essentiels : il s'agit juste d'identifier le ou les mots importants et surtout de déterminer le sens et le domaine dans lesquels ils sont employés et les notions du programme auxquelles on peut les rattacher.
Exemple : Dans le sujet " Etre libre est-ce n'obéir qu'à soi-même ? ", la liberté renvoie à plusieurs domaines: domaine métaphysique (contrainte des lois de la nature) : liberté, volonté ; domaine politique (obéissance aux lois) : Etat, pouvoir ; domaine moral (influence des autres) : autrui.
2 - Analyser les termes secondaires : tout sujet est singulier, c'est-à-dire que, malgré les apparences, il ne se réduit pas à un sujet voisin sur le même thème. Or ce qui donne à un sujet son sens particulier, ce sont les termes secondaires (n'appartenant le plus souvent pas au vocabulaire traditionnel de la philosophie) qui éclairent la notion principale, et donnent ainsi à la question une orientation très précise.

Préciser leur sens : étymologie, sens propre/sens figuré, concret/abstrait, sens courant/sens théorique…
Les distinguer des termes proches : déterminer leur sens précis en trouvant ce qui les sépare de leurs synonymes ou de mots de la même famille.
Trouver leurs antonymes (termes au sens contraire) : cela permet souvent de découvrir une dimension cachée du sujet.
Exemple : Dans le sujet " Peut-on reprocher à la philosophie d'être inutile ? ", deux termes sont à analyser, "reprocher" et "inutile". Le terme de reproche a une teneur morale, il désigne un jugement négatif, un blâme qui tend à inspirer à celui à qui on l'adresse des regrets ou un sentiment de honte ; il se situe entre la simple critique et la condamnation, mais il suppose surtout que l'on aurait pu faire autrement, que la faute aurait pu être évitée (exemple : la mère reproche à son fils de manger salement, seulement si celui-ci est en âge de savoir qu'il faut manger proprement…). Ainsi, ici, on suppose d'une part que la philosophie ne sert à rien (c'est une idée communément admise), et on présuppose d'autre part qu'il faudrait qu'elle soit utile… (voir modèle ci-dessous)
3 - Préciser la modalité de la question : certains termes paraissent le plus souvent anodins alors que c'est de leur incompréhension que découlent la plupart des "hors-sujets". Il faut prêter une attention toute particulière aux verbes de modalités (peut-on, faut-il, doit-on, y a-t-il, etc), aux adverbes qui orientent le sens de la question (toujours, jamais, nécessairement, etc), aux constructions (ne…que, dans quelle mesure, etc). On détermine ainsi ce qu'il faut chercher.
Il s'agit d'analyser le point de vue de l'interrogation afin de préciser la nature de la réponse attendue. Il faut donc repérer les termes qui définissent cette modalité : une existence, une possibilité, un devoir, un droit, une exigence, un idéal …
Exemples : Dans le sujet " Peut-il y avoir une société sans conflit ? ", la question porte sur une possibilité (peut-on…) ; on ne se demande pas si une telle société existe, ni même si elle est souhaitable (ceci est ici plus ou moins sous-entendu) ; on se demande si, sachant ce qu'est une société (un rassemblement d'individus divers, mus le plus souvent par des intérêts divergents), on peut en concevoir une sans conflit (à quelle condition ? Avec quelles restrictions ?…).
Dans le sujet " Faut-il toujours dire la vérité ? ". La question porte ici sur un devoir ou une exigence ; on ne se demande pas s'il existe des gens qui ne mentent jamais, on ne se demande pas si c'est possible (même si ce sera sûrement une partie ou une étape de la réflexion) ; on se demande si c'est souhaitable, s'il s'agit bien d'un idéal (et donc d'un devoir) qui doit s'imposer à tous.
4 - Analyser les présuposés du sujet : cette dernière analyse doit vous permettre en outre de formuler ce qu'on appelle "les présupposés du sujet". C'est ce que la question suppose acquis, établi, ce qu'on ne demande pas de discuter (comme les hypothèses dans un problème de géométrie) ; mais c'est à partir de ces présupposés que les questions se posent (d'où l'importance de cette tâche avant de formuler la problématique).
Exemples : Dans le sujet " L'échange n'a-t-il pour but que la satisfaction des besoins ? ". on part du présupposé que l'échange a d'abord pour but la satisfaction des besoins.
Avec " Faut-il juger un homme sur ses intentions ou sur ses actes ? ", on suppose que l'on se place dans la situation où l'on juge quelqu'un (et on ne peut se limiter ici au cas du juge ou du juré dans un tribunal).
Pour " Suffit-il d'être informé pour être libre ? ", la formulation suppose ici ("suffit-il") que l'on s'intéresse à des individus qui sont informés (ce terme devra être analysé). Evoquer le cas d'individus non-informés mais libres sera donc en grande partie hors-sujet.